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Joëlle De Mesmaeker : tout sourire dans le volontariat multi-tâches.

Photo de Joelle De Mesmaeker La petite cinquantaine – « mais 21 ans de coeur et d'esprit ! », précise-t-elle avec son grand et chaleureux sourire – Joëlle De Mesmaeker est volontaire à la Ligue Braille depuis bientôt 3 ans. Avant cela, elle travaillait à La Poste, comme responsable d'un bureau à Anderlecht. Atteinte de la maladie de Stargard, sa vue a soudainement baissé et elle ne parvenait plus à lire les n° de comptes et autres données sur écran. Mise en congé de maladie, puis déplacée au service des archives pour finalement se retrouver sous statut d'invalidité, elle est tombée par hasard sur une annonce de la Ligue Braille qui cherchait des volontaires. « Je me suis dit : pourquoi pas ? J'ai du temps, j'ai toujours eu la fibre sociale et au moins à la Ligue Braille on tiendra compte de mon problème visuel. »

Issue d'une famille 'd'echte brusseleer', Joëlle a un atout majeur : elle est excellente bilingue ! « Mes parents parlaient bruxellois. Nous habitions Schaerbeek et ils aimaient beaucoup la côte belge. Nous y allions tous les ans en vacances et plus tard, tous les week-end. C'est comme ça que j'ai appris le néerlandais. » Autre avantage, sa grande polyvalence qui lui vient des métiers successifs qu'elle a exercé : téléphoniste-réceptionniste, assistance commerciale, guichetière, responsable de bureau à La Poste,… Des emplois où la fibre sociale, la capacité d'adaptation et le sens du contact sont essentiels. Et cela explique l'aisance avec laquelle Joëlle exerce son volontariat « multi-tâches » à la Ligue Braille. « Je viens 2 jours par semaine – plus les extras ! - et je donne un coup de main pour le travail administratif, pour la tenue des stands, à la réception pendant les congés de l'équipe d'accueil, pour l'accueil lors du BrailleTech ou encore pour le Brailleday. J'ai aussi fait du classement au Service social pendant tout un temps. J'ai été très bien accueillie à la Ligue Braille et me suis tout de suite sentie à l'aise. J'ai beaucoup appris et les collaborateurs sont attentifs à mon problème visuel : ils me demandent si je n'ai pas besoin de plus de lumière, si je ne suis pas éblouie, … C'est appréciable ! »

A présent, Joëlle connait tout le monde à la Ligue Braille ! Très sociable, elle aime aider les gens sans pour autant se laisser marcher sur les pieds : « J'aime le travail d'accueil et de contact. On croise des tas de gens, il faut les orienter, expliquer, répondre à leurs questions, écouter ce qu'ils ont à raconter, un peu jouer au gendarme parfois, bref être toujours gentille, mais ferme. Quand je tiens un stand, j'essaye de sensibiliser les gens, de leur expliquer ce qu'est la malvoyance, et croyez-moi, ce n'est vraiment pas facile de faire comprendre comment on voit mal ! » Elle vient à la Ligue Braille comme elle irait au travail, « mais seulement avec le bon côté du travail, précise-t-elle. C'est le grand avantage du volontariat : pouvoir faire vraiment ce à quoi on aspire, avoir la liberté de choisir et de fixer des limites. Cela me permet d'accomplir toutes mes tâches avec plaisir, jamais à contre coeur. »

Son meilleur souvenir ? Elle répond sans hésiter : « Le Brailleday 2011 qui a amené les enfants aveugles et malvoyant à la découverte du Cirque ! Cette journée m'a fait très chaud au coeur. C'était merveilleux de voir tous ces enfants jongler avec une balle, marcher en équilibre sur un câble, etc. Le bonheur de réaliser ces performances d'ordinaires impossibles pour eux se lisait sur leur visage et c'était très émouvant. J'ai accompagné toute la journée une petite fille aveugle qui ne parlait pas, mais qui s'exprimait par des sourires, des étreintes, des gestes,… nous nous sommes spontanément comprises et j'ai eu un pincement au coeur en la quittant à la fin de la journée. »

Monique Junius vous envoie ses meilleurs vœux !

Photo de  Monique Junius Organisatrice imparable, méticuleuse, multilingue, passionnée de l'outil informatique et de la dentelle aux fuseaux, Monique Junius, 72 ans, nous ouvre les portes d'une réserve de milliers de « Bonne année, Joyeux Noël, Meilleurs vœux ». Des cartes de vœux sur lesquelles elle veille avec 3 autres bénévoles à la bonne humeur contagieuse.

" C'est ensemble que nous choisissons les cartes qui vont figurer dans le catalogue, nos goûts sont complémentaires. La tendance cette année est aux cartes anciennes, elles ont énormément de succès ! " explique Monique. Si les 4 complices s'entraident toujours, elles ont cependant chacune leur spécialité : la préparation du catalogue, la vente aux employés au sein des entreprises, la préparation des colis, la facturation.

"Je traite les commandes des particuliers et des entreprises qui nous parviennent par e-mail, je centralise, je gère le stock pour la vente des cartes grâce à un tableau qui est affiché dans notre local et j'assure un suivi auprès des clients. » Monique collabore également avec le Service communication de la Ligue Braille pour la mise en ligne des cartes du catalogue sur le site www.braille.be. " Chaque carte mise en ligne nécessite une description que je rédige en français et en néerlandais avec l'aide de mes trois collègues. Cette description permet aux personnes aveugles et malvoyantes de savoir comment la carte est illustrée. En effet, leur synthèse vocale lit le commentaire affiché sur leur écran d'ordinateur ", spécifie Monique.

Après une carrière en tant que secrétaire de direction, Monique a décidé il y a 10 ans, de mettre ses talents au profit de la Ligue Braille. " Je voulais me rendre utile, aider les autres grâce à mes compétences. J'ai débuté en tant que lectrice à voix haute. Depuis 5 ans, je suis volontaire au sein de l'équipe cartes de vœux. Cette activité d'équipe me plait, c'est intéressant, dynamique, varié et convivial : on se taquine, on partage nos soucis, on rigole et de temps à autre nous allons au restaurant ensemble ! ", souligne Monique. Tous les lundis, Monique qui habite Enghien, se rend à la Ligue Braille de Bruxelles pour retrouver ses compères et préparer ensemble les commandes de cartes de vœux. Une activité importante pour les personnes aveugles et malvoyantes. En effet, les recettes générées par la vente de ces cartes contribuent au financement de l'aide gratuite apportée par le Service social.

En cette fin d'année, vous hésitez entre l'envoi d'une carte de vœux ou d'un e-mail à vos proches ? La passion de Monique aura raison de votre choix : " Une carte c'est tellement plus agréable, la joie de recevoir un courrier, d'ouvrir l'enveloppe, de découvrir et de manipuler la carte, de lire un vœux manuscrit et personnel, de garder cette carte sur son bureau ou à la maison,…cela a un charme inégalable ! "

Vous souhaitez commander des cartes de vœux ? Le catalogue est disponible sur http://www.liguebraille.be/fr/ligue_braille/aide/cartesDeVoeux_visio.asp. N'hésitez pas à contacter l'équipe des cartes de vœux qui est à votre disposition tous les lundis de 10h à 16h au numéro 02 533 32 11.

Monique Vantornhout: "Je préfère aider les autres que d'être aidée."

Photo de Monique Vantornhout

La liberté et l'autonomie sont indispensables dans la vie de Monique, âgée de 76 ans. C'est pourquoi, très jeune déjà, elle décide de ne jamais se marier. Elle se dit très rebelle, mais n'a toutefois jamais osé braver l'interdit. A l'âge de vingt-sept ans,elle quitte sa province de Flandre Occidentale pour devenir gouvernante de 3 enfants, dans une famille à Spa, au sein de laquelle elle se met aussitôt à parler le français. Après quelques pérégrinations, elle s'installe définitivement à Bruxelles en 1968.

Autour de la cinquantaine, Monique commence à avoir des problèmes à l'œil gauche. Quand en 2004, son œil droit pose également problème, elle entre en contact avec la Ligue Braille, via le Service social. "La Ligue Braille m'a immédiatement prise en charge. Par reconnaissance, j'y suis rapidement devenue volontaire. Je préfère aider les autres que d'être aidée", dit-elle. "J'étais d'ailleurs tellement contente de pouvoir faire quelque chose en retour, qu'au début, je n'osais même pas dire que j'éprouvais des difficultés à réaliser telle ou telle tâche en raison de mon problème de vue."

Monique aide maintenant la Ligue Braille depuis des années. Chaque mardi, elle est présente. Avec d'autres volontaires, elle travaille principalement pour le Brailleshop. Elles emballent avec précaution montres parlantes, jeux de cartes en grands caractères, pâte à marquer et autres petites aides techniques qui ont été commandées par les personnes aveugles et malvoyantes et qui doivent être expédiées.
En période de Tombola de la Ligue Braille, elle donne également un coup de main pour la mise sous enveloppe des billets de tombola. Elle a donc certainement déjà du manipuler tout un tas de numéros gagnants !
De temps en temps, on voit aussi Monique dans l'un ou l'autre stand de la Ligue Braille, comme par exemple cette année à Rimpelrock.

Lorsque nous demandons à Monique quel est son meilleur souvenir en tant que volontaire à la Ligue Braille, elle ne doit pas réfléchir longtemps : " Le Brailleday 2011 au cirque Pauwels a été une journée inoubliable. J'ai énormément apprécié l'échange avec les enfants déficients visuels. J'ai moi-même du apprendre à vivre avec ma vision limitée. Les visages heureux de ces petits enfants m'ont procuré une joie immense et m'ont fait monter les larmes aux yeux. Je n'oublierai jamais cette journée". Monique a même installé une photo du Brailleday en fond d'écran sur son ordinateur. Elle adore les enfants et les personnes âgées. Inutile de préciser qu'elle entretient d'excellents rapports avec sa voisine de 98 ans.

On comprend très vite que Monique est une septuagénaire très active. A côté de ses activités bénévoles à la Ligue Braille et dans un centre de jour pour personnes âgées démentes, elle participe chaque semaine à une séance de gymnastique pour seniors et fait régulièrement du vélo. Dernièrement, elle a fait une balade à vélo de 25 km. "Pas en tandem, parce que cela limiterait mon autonomie, je préfère simplement suivre mon guide. J'ai toujours été sportive. Pendant des années, j'ai fait du basket, mais j'ai du arrêter cette activité à cause de mon handicap visuel."

Nous espérons côtoyer Monique encore de nombreuses années à la Ligue Braille !

 

Christine David fait l'éloge de la Ligue Braille

Photo de Christine David

Christine est une femme active : ouvrière à temps plein dans le secteur du textile (travail en shift), maman de trois enfants et bientôt grand-mère pour la troisième fois. Et quand elle ne travaille pas, elle trouve encore le temps de donner un coup de main, comme bénévole, aux membres aveugles et malvoyants du Club Braille de Courtrai, lors des excursions et des animations culturelles.

Christine est entrée pour la première fois en contact avec la Ligue Braille il y a quelques années, quand son mari est devenu malvoyant. Lorsqu'on lui a demandé, durant une excursion culturelle avec son époux, si elle voulait devenir volontaire, elle n'a pas hésité un seul instant. " Vu qu'il faut beaucoup de petites mains pour bien préparer les activités et que l'ambiance est toujours joviale, j'ai tout de suite dit oui. Et je ne l'ai jamais regretté ", déclare Christine.
Depuis lors, les Clubs Braille et les excursions sont des rendez-vous incontournables de l'agenda de Christine et de son époux. Ces agréables moments passés ensemble ont permis à Christine de mieux comprendre les limitations visuelles de son mari. Comme les cinq bénévoles du Club Braille de Courtrai sont tous des époux/épouses de malvoyant(e)s, ils peuvent se tourner l'un vers l'autre lorsqu'ils ont un problème. " Non seulement je m'amuse bien ici, mais j'y apprends aussi beaucoup de choses et je peux compter sur un soutien solide ", explique Christine. " Ainsi, les autres membres peuvent par exemple nous donner, à mon mari et moi-même, des conseils intéressants sur les aides techniques. Je crois que nous pouvons dire que nous sommes dans une situation assez unique, puisque tous les volontaires de notre club sont mariés à un aveugle ou malvoyant. Les bénévoles se comprennent donc très bien, tout comme leurs partenaires. Mon époux attend souvent les journées de Club avec impatience. Il peut y être lui-même, il y est entouré de personnes qui comprennent ce qu'est la vie avec un handicap visuel. Ce n'est pas toujours simple, car sa maladie continue d'évoluer. "

Christine a des doigts de fée et, lors des clubs, elle aide les membres aveugles et malvoyants autant qu'elle peut. Elle ne se contente pas d'un bricolage à moitié fini et essaie toujours de faire de chaque réalisation une véritable œuvre d'art. " Je les aide dans la confection de leurs créations comme si c'étaient les miennes. Même s'ils ne peuvent pas (ou pas bien) les voir, je veux qu'elles soient belles, pour que les amis ou parents à qui ils les offrent soient contents. Je trouve cela aussi important que la fabrication en elle-même. J'accompagne surtout les femmes, car leurs activités (création de bijoux, compositions florales ou tricot) me conviennent mieux que celles des hommes, qui apprécient par exemple la vannerie. Mais cela ne m'empêche pas de les aider lorsqu'ils en ont besoin. "

Christine s'est également occupée d'un stand de la Ligue Braille à plusieurs reprises. Elle était ainsi présente au salon 50-plus et à celui du bébé, Mix & Meggy, à Courtrai. " Ce sont des activités totalement différentes ; l'implication par rapport au handicap visuel est toute autre. En tant qu'exposant, vous apprenez à connaître davantage de monde et découvrez de nouvelles facettes de la Ligue Braille. Le Club et les excursions sont quant à eux des événements plutôt conviviaux et familiaux, lors desquels je peux donner libre cours à ma créativité. Et à la fin, j'ai le sentiment d'avoir réalisé une bonne action. La gratitude et la sympathie que je reçois en échange sont incomparables. Les membres sont tous tellement agréables, chacun à leur façon. Ils vous font confiance et vous racontent souvent des histoires personnelles. Je trouve tout à fait normal de garder pour moi ces récits. Selon moi, il s'agit là d'une des caractéristiques dont doivent disposer les volontaires. Savoir écouter fait partie intégrante de notre travail. "

Lors des excursions, Christine accompagne généralement son mari. Mais quand elle ne peut pas être présente, la Ligue Braille lui trouve un autre accompagnateur. " Ces excursions sont toujours très bien organisées ", précise Christine. " On voit que ces journées sont préparées bien à l'avance afin d'être aussi instructives et passionnantes que possible. Je ne peux que louer la Ligue Braille et les personnes qui travaillent dans cette association. "

 

Emile Ponnet : « Nous avons de l'humour et ne vivons pas au fond d'un trou noir comme certains le pense ! »

Photo d'Emile Ponnet

Emile Ponnet est né avec une rétine immature et si jusqu'à l'âge de 10 ans sa vue est acceptable, elle se dégrade au fur et à mesure qu'il grandit... En 1981, il entre en contact avec la Ligue Braille et y suit une formation de dactylo et téléphonie.
A cette époque, l'emploi de téléphoniste est l'un des rares proposé aux personnes déficientes visuelles. Il permettra à Emile de gagner sa vie pendant plusieurs années sous divers contrats de remplacement. Par ailleurs, sa vie est aussi pleine d'activités et une belle rencontre le conduira au mariage. Selon ses besoins, Emile fait appel aux différents services de la Ligue Braille et s'inscrit au Club Braille de Bruxelles.
Au début des années 2000, la Ligue Braille cherchant à accroître son équipe des volontaires, elle sollicite Emile pour l'aider à tenir des stands de sensibilisation aux problèmes visuels. Dès le premier essai, il se rend compte qu'il aime participer à l'évènement et apprécie le contact avec les visiteurs. Il s'engage donc comme volontaire. Depuis, sa carrière de volontaire l'a conduit à travers toute la Belgique pour y tenir des stands. Il est aussi guide pour des visites de la Ligue Braille et du Musée Braille à Bruxelles et effectue sur demande des animations dans les écoles du pays.

« Au départ, je suis devenu volontaire pour tenir les stands. Les contacts sociaux et l'aide que je pouvais apporter aux personnes étaient mes principales motivations. Chaque foire, salon, chaque stand est différent. Si le stand est à l'extérieur (en rue, dans une gare, lors d'une fête, etc...) on rencontre beaucoup de gens. Si le stand est organisé lors d'un salon (pour personnes handicapées, séniors,...), je donne une information plus ciblée puisque le public est en demande de réponses à des questions spécifiques. Certains stands sont destinés aux enfants. C'était le cas pendant les 'Gentse Feesten' où l'on sensibilisait les enfants au handicap visuel en leurs proposant de manger des tartines au choco les yeux bandés ! Tenir un stand est une activité très diversifiée que j'aime tout particulièrement.
J'anime aussi des groupes dans les écoles et je suis guide lors des visites de la Ligue Braille ou du Musée Braille. Les visites sont souvent destinées aux écoles mais il y a aussi des groupes de séniors ou d'entreprises. Chaque fois, je fais de mon mieux pour m'adapter à mon public. Car s'il est impossible d'expliquer aux enfants ce qu'est la dégénérescence maculaire, les adultes, eux, n'accepteront pas de jouer avec les marqueurs odorants qui font pourtant la joie des petits ! Savoir écouter et s'adapter sont deux qualités indispensables pour mener à bien la mission de guide. Il faut être capable d'impliquer l'auditoire, afin qu'il ne soit pas uniquement là pour entendre. Les questions posés par les visiteurs et les commentaires qu'ils expriment entre eux sont aussi importants que ce que je dis. »

Photo d'Emile Ponnet

Emile est déficient visuel depuis son plus jeune âge. Bien dans sa peau, il ne redoute aucune question. Pourtant certaines, même si elles sont bien intentionnées, sont étranges... «Il est normal que les enfants posent les questions de manière directe et percutante, souvent ces interrogations témoignent de leur intelligence ou de leur innocence, elles ne me posent pas de problème. Je me souviens d'une fillette qui m'a demandé comment je faisais pour souffler les bougies de mon gâteau d'anniversaire si je ne voyais pas bien. J'ai trouvé ça très émouvant. Et si je peux, j'essaye toujours de répondre à la question de manière précise, ce qui me demande parfois beaucoup de créativité. Dans la plupart des cas, j'explique qu'une personne malvoyante est et agit comme n'importe quelle personne. Je me souviens aussi d'un enfant que j'ai rendu heureux lorsque je lui ai dit que j'étais content malgré le fait que j'étais aveugle. J'essaie de dissiper les brumes et les inquiétudes souvent ressenties à l'égard de la cécité et de la malvoyance en apportant des touches de fantaisie et de légerté à mon récit. Nous avons de l'humour et ne vivons pas au fond d'un trou noir comme certains le pense ! À la fin d'une séance d'animation ou d'une visite guidée, je sens que pour beaucoup de personnes les incertitudes sont clarifiées ou les craintes dissipées. D'inconnu, le monde de la cécité devient plus ouvert, possible à appréhender. Les remerciements et la gratitude que je reçois à la fin de chaque visite sont toujours là et émouvants au point que j'ai du mal à les décrire. Après, je me sens toujours plein d'énergie positive et je me dis que j'ai fait ce jour-là quelque chose de bien. »

 

Alice Berthot : “Mon rôle : émerveiller la personne aveugle pendant les excursions”

Photo d'Alice Berthot, bénévole à Libramont

“Après une carrière dans l'enseignement, j'avais envie de garder des contacts sociaux et de rencontrer de nouvelles personnes, d'aider des gens.” C'est cette motivation qui a amené Alice Berthot sur le chemin du volontariat à la Ligue Braille. “J'étais déjà sensibilisée au handicap visuel car maman a perdu la vue progressivement ”, explique-t-elle. 

Cela fait trois ans qu'Alice apporte son soutien lors des Clubs Braille de Libramont, la tenue des stands dans la région et lors des excursions. Elle se souvient de l'accueil des Libramontois aveugles et malvoyants, membres de la Ligue Braille : “ Ils m'ont vite mis très à l'aise. Rapidement j'ai appris que les personnes aveugles, malgré leur déficience visuelle, sont comme tout le monde. Enfin, à ceci près : elles ont plus de tact, de sensibilité, de profondeur et de joie de vivre. Nous avons de la chance car nous avons de longues et belles nuits, m'a un jour dit une petite dame aveugle.”

Alice participe aux excusions adaptées qui sont organisées tous les deux mois par la Ligue Braille. '' Lors de ces voyages, le handicap et l'âge s'effacent. Tous redeviennent des enfants. Les excursions ça rajeunit ! '' Pour appuyer son propos, Alice se remémore : '' Raymonde est aveugle. À 87 ans, elle a pédalé 3 km sur une draisine de Maredsous à Falaën ! Ces excursions sont des moments importants où la personne ne se sent plus considérée comme handicapée. Elle peut voyager, faire comme tout un chacun. ''

Photo d'Alice Berthot guidant une personne aveugle lors de la visite d'un élevage d'autruches

Pendant ces excursions, chaque personne aveugle ou malvoyante doit nécessairement être accompagnée par un ''guide'' voyant. Lors de ces déplacements, Alice est, comme les autres bénévoles, responsable d'une personne handicapée visuelle. '' Je la guide en lui prenant le bras, je commente certains détails, je fais sentir et toucher. Je m'assure que les petites choses ne lui échappent pas. Mon rôle est d'émerveiller la personne ”. Mais le volontariat d'Alice ne se termine pas là, elle aime parfois mettre son grain de sel dans l'élaboration du programme du voyage, proposer des idées, motiver les membres à y participer, s'assurer de l'ambiance dans le car,...
 
'' Quand je rentre chez moi, après une journée passée en compagnie des membres aveugles et malvoyants de la Ligue Braille, je me sens pleine d'énergie. Leur joie de vivre est tellement communicative, leur rencontre est un vrai partage ! '', appuie Alice en souriant.

 

Des livres et des jeux, Dominique adore ça !

Originaire de Verviers, Dominique Dumont, 55 ans, a fait un long détour par la France avant d'arriver à la Ligue Braille pour y proposer ses services comme bénévole, en janvier 2009. « Mon compagnon était Français, explique-t-elle, et j'ai donc vécu 20 ans en France où j'ai travaillé comme employée administrative dans un centre qui accueillait des jeunes en difficulté. » Une séparation plus tard, la revoilà en Belgique avec ses deux filles aujourd'hui âgées de 27 et 25 ans.

Depuis toujours les livres sont sa passion. Elle a su lire très précocément et se souvient avec fierté d'avoir reçu, toute petite, un « Livre d'Or » après le lecture de son premier livre. Avant son départ pour la France, elle travaillait d'ailleurs dans une librairie à Verviers. En 2007, dans la perspective de se réinsérer sur le marché de l'emploi, mais n'ayant pas de réel diplôme, elle suit des cours du soir de bibliothécaire et décroche un brevet qu'elle aimerait à présent poursuivre avec un graduat.

Dominique Dumont marque les livres destinés à l'enegistrement DAISY

En 2008, Dominique cherche une activité bénévole. « Pour aider les autres, dit-elle, mais aussi pour me sentir utile et trouver une satisfaction personnelle. » L'association pour le Volontariat l'oriente vers la Ligue Braille où Gaby Goovaerts lui explique les activités possibles. Et c'est tout naturellement qu'elle se tourne vers la Bibliothèque et la Ludothèque. « Au début, habitant Bruxelles, je venais 2 demi-jours par semaine à la Ligue Braille. Comme je vis à présent à Mons, je viens une journée complète, le jeudi. J'accomplis diverses tâches dans la journée, c'est varié. Pour la bibliothèque, je marque le squelette des livres qui vont être enregistrés en Daisy au studio de la Ligue Braille. Il s'agit d'indiquer dans le livre, avec différents signes, comment le lecteur qui enregistre doit structurer le livre pour que la personne aveugle qui l'écoutera puisse naviguer dans le CD, aller de chapitre en chapitre, revenir à la section précédente, etc. Cette tâche me permet d'être dans les livres, je les tiens en main, cela me plaît ». Dominique recouvre également les livres en grands caractères et les livres destinés aux enfants, « sans recouvrir le braille, précise-t-elle, sans quoi il ne serait plus détectable au toucher ! »

Autre activité, la Ludothèque qui propose en prêt plus de 280 jeux adaptés aux jeunes et moins jeunes aveugles et malvoyants. Dominique se charge d'envoyer les jeux qui partent en prêt avec les règles du jeu dans la langue de l'emprunteur et dans le support adéquat (en version sonore, braille, grands caractères,...). Elle réceptionne également les jeux qui reviennent : « il faut vérifier qu'ils soient complets, en bon état ou procéder à l'une ou l'autre réparation, une mention en braille qui s'est décollée, une pièce manquante, un repère tactile à refixer, ... ».

Dominique Dumont vérifie les jeux de la Ludothèque

L'essentiel de l'activité bénévole de Dominique à la Ligue Braille est solitaire, mais cela ne la dérange pas. Elle est aussi en contact avec les collaborateurs du Service culturel, qui sont tous bien sympathiques et avec qui la collaboration est très agréable. « Quand je suis arrivée comme bénévole ici, conclut-elle, je connaissais la Ligue Braille de nom, mais je dois bien avouer que j'en avais une image un peu vieillotte. Une fois dedans, je me suis rendue compte qu'en fait c'est une association fort dynamique et même très 'in' ! J'ai été vraiment surprise par tout ce qui était organisé : l'opération 'Lecture solidaire' à la Foire du livre, le BrailleTech, une équipe de plus de 300 coureurs aux 20 km de Bruxelles, ... ainsi que les nombreux services offerts aux personnes déficientes visuelles, tout cela vaut la peine d'être découvert et expliqué autour de soi. »

Merci Dominique et bonne continuation, tant à la Ligue Braille que dans vos autres activités !

Entre grammaire et bénévolat, Pierre Lahaye transmet sa passion pour la langue française

Photo de Pierre Lahaye avec un élève  brailliste

Dans une petite salle baignée de lumière, le soleil semble s'être accroché aux lèvres des participants. Il est 13h30, le « cours d'alphabétisation » de la Ligue Braille débute. Celui-ci réunit des personnes ayant une déficience visuelle et souhaitant maîtriser la langue française. Sur le visage de Pierre Lahaye s'affiche le plaisir de retrouver ses « élèves ». Chaque mardi après-midi, des accents venus de loin se mélangent autour d'un objectif commun : apprivoiser la langue française.

Pierre, 55 ans, est chercheur d'emploi et accompagnateur pédagogique bénévole à la Ligue Braille depuis 1 an et demi. Éducateur de formation, il maintient sa vocation première : soutenir les personnes en difficulté sur le chemin de l'autonomie.
Le cours d'alphabétisation dont il s'occupe s'adresse aux personnes d'origine étrangère malvoyantes ou aveugles. « J'avais déjà une expérience dans le domaine de la formation en français mais je ne connaissais pas bien le monde du handicap. Avant de débuter ce cours d'alphabétisation, j'ai suivi une séance de sensibilisation pour mieux comprendre le handicap visuel. J'ai également appris le braille pour enseigner le français aux personnes aveugles. Parallèlement je poursuis une formation de base en alphabétisation », confie-t-il.

Fruit de la patience et de l'effort, chaque progrès linguistique a la saveur de la fierté. Pour Pierre, quand un apprenant parvient à retrouver un mot dans le dictionnaire ou à remplir un bulletin d'inscription seul, c'est à chaque fois une victoire empreinte d'émotion.
« Ne pas maitriser le français est un frein en soi, sinon un handicap. Apprendre à lire et à écrire est une valorisation et une nécessité dans une société où la communication passe majoritairement par l'écrit », explique-t-il.
Comment se présente le cours ? « Articles de journaux, courrier personnel, écoutes de dialogues, exercices de grammaire, expression orale,... l'objectif est d’acquérir les compétences linguistiques pour aller plus loin : utiliser un ordinateur, accéder aux formations qualifiantes de la Ligue Braille, trouver un emploi,...»

Photo de Pierre Lahaye et ses élèves

Pierre et ses élèves partagent plus qu'une passion pour la langue française. Rencontrer d'autres personnes ayant un handicap visuel permet de rompre une certaine spirale de l'isolement dans laquelle certains s'étaient enfermés. La complexe grammaire française a le mérite de susciter la solidarité, cela fait germer des amitiés « Il nous arrive d'aller prendre un verre ensemble en dehors du cours ». En terme d'épanouissement, le volontariat est-il une activité rentable ? « D'un point de vue personnel, ce moment d'échange me permet de vivre de nouvelles expériences, de m'ouvrir à d'autres perspectives. Je vois aussi cela comme un possible tremplin vers un emploi. »

Pierre a un souhait ambitieux pour ses élèves : « Que chacun d'eux puisse s'épanouir, réaliser ses rêves. Que la maîtrise de la langue française puisse leur permettre de s'insérer... d'accéder à la Belgique. »

Pascale De Coster : « La satisfaction que cela me procure quand je rentre chez moi le soir est incroyable. »

Photo de Pascale (à gauche) aidant Laura à fabriquer un coquetier en  serpentin

Pascale De Coster, une femme active de 53 ans, est entrée en contact avec la Ligue Braille en 2007, son attention ayant été attirée par une publicité dans le journal du dimanche. Depuis, elle fait partie d’une sympathique équipe de volontaires qui accompagne les personnes aveugles et malvoyantes lors d’activités créatives au Club Braille (*) d’Anvers.
Pascale a toujours eu des doigts de fée. Aujourd’hui, elle bricole tout en soutenant les membres du Club Braille. Elle les aide par exemple à réaliser des montages floraux, des bijoux, des broches en feutre... Bref, toutes sortes de petits gadgets que les membres du Club peuvent offrir fièrement à leur famille et leurs amis.

« À la base, je n’avais aucune expérience avec les personnes aveugles et malvoyantes », raconte Pascale. « J'ai trois enfants et, deux jours par semaine, je garde quatre jeunes enfants après l'école. Comme je suis quelqu'un de créatif et de sociable, l’appel de la Ligue Braille m’a vraiment interpellée. Le volet artistique du « job » a vite été complété par un volet plus profond : en tant que volontaire, vous devez prêter une oreille attentive aux récits des personnes qui souffrent d'un handicap visuel. Les personnes décicientes visuelles que j’aide sont souvent seules à la maison. Le Club Braille est toujours un moment que j’attends avec impatience, tout comme les membres. La satisfaction que cela me procure quand je rentre chez moi le soir est incroyable. Je me sens comblée et heureuse. Et cela n’a pas de prix. En plus, un troisième volet rend le volontariat pour la Ligue Braille encore plus intéressant : la relation très étroite qui se noue entre les volontaires du Club Braille. Je pourrais presque dire que nous sommes devenues copines, ce qui est assez extraordinaire. »

Pascale ne fait pas seulement profiter le Club Braille de ses talents manuels. Elle est aussi active lors des excursions culturelles pendant lesquelles elle guide les personnes handicapées visuelles. Elle les aide pendant toute la journée, les accompagne pendant le trajet en bus, le repas de midi, etc. « Pour pouvoir bien s'occuper des personnes souffrant d'un handicap visuel, les volontaires suivent deux journées de formation par an. Tout le monde n’est pas fait pour une telle mission. Les personnes aveugles et malvoyantes ont souvent besoin d’une structure, mais en même temps il faut les stimuler et les inciter à devenir autonomes. On sent vite quand quelqu’un est fait pour cette tâche. J’ai ainsi poussé une des mes amies à participer à une journée de formation et, depuis, elle est aussi volontaire à la Ligue Braille. »

Même si Pascale a tissé une relation solide avec les membres du Club Braille, les volontaires ne peuvent pas toujours répondre aux demandes des membres. Parfois il n’y a tout simplement pas de solution et cette situation n’est pas toujours évidente à admettre. Dans de tels moments, il est agréable de pouvoir compter sur les autres volontaires ou sur le personnel de la Ligue Braille. Nos volontaires ne peuvent pas rendre la vue à ceux qui l'ont perdue, mais grâce à leur oreille attentive et leur cœur grand ouvert, ils sont une source indispensable de soutien et d’amitié.

(*) En Flandre, les Clubs Braille sont organisés par le SCWBS (Sociaal-cultureel werk voor blinden en slechtzienden), une ASBL satellite de la Ligue Braille.

Cachou Kirsch : « Lire à voix haute, une façon de donner un peu aux autres mais un réel plaisir personnel également ! »

photo de Cachou Kirsch, lectrice volontaire à la Ligue Braille

Cachou Kirsch est une jeune comédienne professionnelle. Depuis 2 ans et demi, elle se rend chaque semaine au studio de la Ligue Braille pour enregistrer à voix haute des livres qui seront ensuite prêtés gratuitement aux personnes aveugles et gravement malvoyantes. Comment est-elle arrivée à la Ligue Braille, pourquoi avoir choisi de devenir lectrice, qu'apprécie-t-elle dans cette activité ? Voici son histoire.

« Je suis tombée par hasard sur un article dans un journal sur le bénévolat, et dans lequel une personne expliquait son activité de lectrice à la Ligue Braille. Son témoignage m'a interpellé et c'est comme ça, tout simplement, que j'en suis arrivée moi aussi à devenir lectrice. J'ai d'abord du passer une audition,  ma voix a plu et j'ai donc été acceptée ! Je lis pendant 2h environ, une fois par semaine. Lire 2h de suite est un maximum car il faut être concentré pour lire correctement. Je lis dans une cabine insonorisée avec un petit enregistreur que l'on m'a appris à manipuler. Si j'égratigne un mot ou que je ne suis pas contente de la lecture, je peux effacer et recommencer. Ensuite, une fois le livre fini, les techniciens du studio de la Ligue Braille assemblent mes différents enregistrements pour en faire un livre sonore, donc un CD qu'une personne aveugle peut écouter.

Ce n'est pas si simple de lire à voix haute. À chaque fois, il faut trouver le juste milieu entre une relative neutralité dans le ton de la voix – si on change trop sa voix en fonction des personnages on empêche l'auditeur de se les imaginer – et en même temps rendre la lecture vivante et agréable d'écoute. Mais j'aime faire l'exercice, probablement que mon métier de comédienne m'aide à ce niveau-là, et puis je lis également des audio-livres de façon professionnelle.

J'apprécie beaucoup d'être lectrice volontaire. Bien sûr il y a l'idée de savoir que je rends service à des personnes qui est agréable mais j'y prends aussi énormément de plaisir personnel. Cela me permet d'être certaine qu'au moins une fois par semaine, je prends le temps de lire, ce qui avec les vies que l'on mène, est loin d'être toujours évident ! De plus l'équipe du studio de la Ligue Braille est vraiment très accueillante et à l'écoute des rythmes de chacun, j'ai une grande flexibilité (et avec mon métier de comédienne c'est nécessaire) et aussi beaucoup de choix dans les livres qui me sont proposés. Je lis essentiellement des romans et des livres pour enfants. Il y a toujours un petit stress avant de commencer la lecture d'un livre, on ne peut jamais être certaine qu'on va aimer ce livre ! Or, parfois, arriver au bout de sa lecture peut prendre jusqu'à deux mois ! C'est long et si on s'embête, croyez-moi l'auditeur va le ressentir ! Mais cela fait partie du jeu et honnêtement ça ne m'est arrivé qu'une fois.

Ce que je trouve très agréable aussi, c'est que la Bibliothèque de la Ligue Braille insiste auprès des auditeurs pour qu'ils donnent leur avis sur le ou la lectrice. Vous savez, quand je donne ma voix pour lire un livre dans cette petite cabine, en sachant que quelqu'un quelque part va l'écouter chez lui, je trouve ça assez intime. On se sent un peu comme la grand-mère qui lit des histoires qu'on suit attentivement. Alors, quand vous recevez un commentaire positif de la part de la personne qui vous a écoutée, ce n'est que du bonheur ! Parfois, les critiques sont plus sévères, mais elles nous permettent de nous remettre en cause et c'est important. On en discute entre lecteurs, lorsqu'on se croise au studio ou lors de la réunion annuelle de tous les lecteurs. C'est important et agréable de se retrouver de temps en temps, on peut s'échanger nos impressions, demander des conseils aux plus expérimentés. C'est intéressant aussi de réaliser la diversité des voix, jeunes et moins jeunes, masculines et féminines, qui sont offertes aux auditeurs.

Pour être honnête, je ne connaissais pas bien la Ligue Braille avant d'y entrer. J'étais certes touchée par la problématique du handicap visuel, mais je ne savais pas ce qui existait pour aider les personnes aveugles et malvoyantes. Je ressentais avant tout le besoin d'avoir une activité bénévole, d'offrir gratuitement quelque chose pour « une bonne cause » comme on dit, même si je n'aime pas cette expression. Devenir lectrice volontaire m'a permis de mettre à profit mes compétences au service d'une activité utile et qui me donne vraiment du plaisir, que demander de plus ! »

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